Carnet d’été : ressources pour aller plus loin

Livres, expos, et maisons d'artistes : voici toutes les références évoquées dans l'épisode 4, et quelques autres en bonus.


→ Les Livres

POUR COMMENCER CE CARNET D'ÉTÉ, JE VOUS PROPOSE QUELQUES LIVRES. MAIS PAS FORCÉMENT DE GROS LIVRES DE DÉCO OU DE DESIGN, TRÈS BEAUX MAIS TOTALEMENT IMPOSSIBLES À GLISSER DANS SA VALISE.

J'AVAIS PLUTÔT ENVIE DE VOUS PARLER DE LIVRES QUI NOUS APPRENNENT À REGARDER AUTREMENT : LES COULEURS, LES ŒUVRES D'ART, LES OBJETS...

❇︎ LA COULEUR

Je commence par un auteur dont on a parlé dans le tout premier épisode de Bien Vu la Déco: l’historien Michel Pastoureau.

Léa Maupetit l’a cité plusieurs fois pendant notre conversation, et c’est vrai que ses livres sont incontournables dès que l’on s’intéresse à l’histoire et à la symbolique des couleurs.

Il a consacré de petits ouvrages au Bleu, au Vert, au Rouge, au Rose, au Jaune, au Noir, au Blanc. Ils sont hyper accessibles (et c’est ce que j'adore avec lui), passionnants et, avantage non négligeable pour l’été, ils se glissent facilement dans une valise.

Mais celui que j’avais surtout envie de vous conseiller, qui est moins connu, c’est “Les Couleurs de nos souvenirs”.

Dans ce livre, Michel Pastoureau part de ses propres souvenirs, de son enfance dans les années 1950 jusqu’au début des années 2010, pour observer la manière dont notre rapport aux couleurs évolue avec le temps.

Il se souvient des vêtements, des jouets, des voitures, des objets du quotidien, des codes sociaux ou des couleurs associées à certaines époques. Mais il s’interroge aussi sur la fiabilité de notre mémoire : les objets dont nous nous souvenons étaient-ils vraiment de cette couleur, ou notre souvenir les a-t-il transformés ?

Et je trouve cette question particulièrement intéressante.

À retrouver ici


❇︎ LA PEINTURE VUE DIFFÉREMMENT

Le deuxième livre que j’avais envie de vous recommander c’est “On n’y voit rien”, de Daniel Arasse que j’ai découvert pendant mes études.

Il était historien de l’art, spécialiste notamment de la Renaissance italienne. Mais je vous rassure, ce livre n’a rien d’un cours académique ou d’une succession de grandes théories intimidantes.

Il est composé de plusieurs récits consacrés à des tableaux précis. Daniel Arasse y observe des œuvres de Titien, de Tintoret, de Bruegel ou encore de Vélasquez. Il part parfois d’un détail étrange, d’une incohérence ou d’un élément que les interprétations traditionnelles ont un peu laissé de côté, puis il mène l’enquête.

Pourquoi ce personnage est-il placé ici ? Pourquoi ce détail semble-t-il ne pas correspondre à l’histoire représentée ? Pourquoi le peintre a-t-il choisi cette construction plutôt qu’une autre ?

Ce que j’aime beaucoup, c’est que Daniel Arasse ne nous donne pas simplement une explication définitive du tableau. Il nous fait entrer dans son raisonnement, avec beaucoup d’intelligence mais aussi beaucoup d’humour. On comprend que regarder une œuvre, ce n’est pas seulement reconnaître son sujet ou connaître la biographie de son auteur. C’est accepter de se laisser intriguer par ce que l’on voit, et parfois aussi, par ce que l’on ne comprend pas.

C’est un livre court, très vivant, et une excellente manière de découvrir l’histoire de l’art sans avoir l’impression de retourner à l’école.

“On n’y voit rien”, de Daniel Arasse, ed. Gallimard


❇︎ LE GOÛT DU MOCHE

Troisième recommandation : “Le Goût du moche”, d’Alice Pfeiffer dont on parle dans le deuxième épisode consacré aux motifs.

Le titre résume assez bien le projet : comprendre pourquoi certaines choses sont désignées comme laides, kitsch, vulgaires ou de mauvais goût,  mais aussi pourquoi nous pouvons malgré tout y être très attachés.

Alice Pfeiffer s’intéresse à des objets et à des esthétiques souvent exclus du prétendu bon goût : les Crocs, les pulls de Noël, les nains de jardin, le clinquant ou les objets que nous conservons moins pour leur beauté que pour le réconfort ou les souvenirs qu’ils procurent.

Le livre montre surtout que le moche n’est pas une catégorie stable. Ce qui semble affreusement démodé à une époque peut redevenir désirable quelques années plus tard. On le voit très bien dans la décoration : certains motifs, certaines couleurs, ou le mobilier des années 1970 ont été successivement admirés, rejetés, puis redécouverts.

C’est aussi ce dont nous parlions dans l’épisode consacré aux motifs. Le kitsch, l’excès ou les associations très chargées peuvent être jugés de mauvais goût, mais ils peuvent aussi apporter de la joie, de l’humour et beaucoup de personnalité à un intérieur.


“Le goût du moche” de Alice Pfeiffer, ed. Flammarion


❇︎ UN ARCHITECTE IDÉALISTE

Je poursuis avec un roman qui parle d’architecture : “La Grande Arche”, de Laurence Cossé.

Le livre raconte l’histoire d’un architecte danois inconnu en France, qui n’avait jusque là construit qu’une maison et deux églises, et, qui remporta malgré tout en 1983, le concours pour construire la Grande Arche de La Défense.

Il imagine une forme extrêmement pure et monumentale, dans laquelle les nuages doivent se refléter, mais il va ensuite se retrouver confronté à la réalité d’un chantier gigantesque : les contraintes techniques, les décisions politiques, les enjeux financiers, l’administration française et tous les compromis nécessaires pour transformer une idée en bâtiment.

C’est évidemment passionnant si l’on s’intéresse à l’architecture, mais aussi si l’on exerce un métier créatif. Le livre raconte très bien l’écart qui existe parfois entre la force d’une vision créative et tout ce qu’il faut traverser pour parvenir à la réaliser.

On y voit un architecte idéaliste, attaché à la pureté de son projet, se confronter à une machine beaucoup plus grande que lui.

Et le film adapté du roman, L’Inconnu de la Grande Arche, réalisé par Stéphane Demoustier, est tout aussi bien. 

Vous pouvez donc choisir la version qui correspond le mieux à vos vacances — ou faire les deux.

“La grande arche” de Laurence Cossé, ed. Folio

“L’inconnu de la grande arche” de Stéphane Demoustier, Canal +


❇︎ CHARLOTTE PERRIAND AU JAPON

Enfin, je termine cette sélection avec un roman graphique de Charles Berberian : “Charlotte Perriand, une architecte française au Japon, 1940-1942”.

Il raconte un moment déterminant de son parcours.

En 1940, elle quitte la France pour le Japon, où elle a été invitée comme conseillère pour l’art industriel. Elle y découvre les savoir-faire artisanaux japonais, le travail du bambou, une autre relation aux matériaux et une manière différente de penser les objets et les espaces.

Le roman graphique raconte cette rencontre entre une créatrice occidentale déjà très moderne et une culture qui va profondément nourrir son travail.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est d’observer comment Charlotte Perriand ne cherche pas simplement à importer le modernisme européen au Japon. Elle regarde, elle apprend et elle essaie de créer un dialogue entre la production industrielle et les savoir-faire locaux.

Ce séjour lui permet notamment de revisiter certaines formes et certains meubles à travers des matériaux disponibles sur place, comme le bambou. Plus largement, il nourrit sa réflexion sur les espaces modulables, la sobriété et le rapport entre le corps, l’objet et l’habitat.

J’aime beaucoup ce récit parce qu’il montre que voyager peut transformer durablement sa manière de travailler.

Et le dessin de Charles Berberian rend cette histoire très vivante et très accessible, même lorsque l’on connaît encore assez peu le travail de Charlotte Perriand.

“Charlotte Perriand, une architecte au Japon” de Charles Berberian, ed. Chêne


→ Les Expos

PASSONS MAINTENANT AUX EXPOS.

J'AIME BEAUCOUP LES EXPOS L'ÉTÉ PARCE QU'ELLES SONT UNE FORMIDABLE MANIÈRE DE NOURRIR SON REGARD SANS FORCÉMENT AVOIR L'IMPRESSION DE TRAVAILLER.

❇︎ ALEXANDER CALDER À LA FONDATION LOUIS VUITTON

La première  que j'avais envie de vous recommander, c'est celle consacrée à Alexander Calder à la Fondation Louis Vuitton. Elle s'appelle “Calder, rêver en équilibre” et elle retrace toute la carrière de l'artiste à travers plus de 300 œuvres.

Ce qui m'a surtout frappée, ce sont les jeux d'ombres et de lumière que ses mobiles produisent dans l'espace.

Les œuvres ne se contentent pas d'occuper une pièce : elles la transforment en permanence. Les ombres deviennent presque aussi importantes que les sculptures elles-mêmes.

Je trouve ça extrêmement inspirant quand on travaille sur des scénographies, des vitrines ou des espaces retail, parce que cela rappelle qu'un décor ne se limite jamais à ses volumes. Il y a aussi ce qui bouge, ce qui se projette sur les murs, ce qui apparaît puis disparaît au fil de la journée.

L'autre chose passionnante dans cette expo, c'est qu'elle met en dialogue Calder avec les artistes qu'il fréquentait : Mondrian, Miró, ou encore Fernand Léger. On comprend alors beaucoup mieux les influences réciproques entre sculpture, peinture et abstraction à cette époque.

https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr/evenements/calder-rever-en-equilibre


❇︎ HENRI MATISSE AU GRAND PALAIS

Deuxième reco : l'expo consacrée à Matisse et à ses papiers découpés au Grand Palais.

C'est probablement l'une des périodes de son œuvre qui me touche le plus.

En 1941, après une lourde opération, Matisse pense sa carrière de peintre terminée. Il a alors plus de 70 ans et son état de santé l'empêche progressivement de travailler comme auparavant.

Plutôt que de renoncer, il va complètement réinventer sa pratique artistique.

Il remplace les pinceaux par des ciseaux, fait peindre des feuilles de papier à la gouache par ses assistants, puis découpe directement dans la couleur.

Et je trouve cette histoire extrêmement inspirante. Parce qu'elle raconte qu'une contrainte, un changement de vie peuvent parfois devenir le point de départ d'une nouvelle manière de créer.

Bon et  puis évidemment, il y a les couleurs.

Les bleus, les verts, les jaunes, les roses, les oranges : les associations sont d’une harmonie folle.

Si vous travaillez dans la déco ou simplement si vous aimez les harmonies colorées, c'est probablement l'une des plus belles leçons de couleur que l'on puisse recevoir.

https://www.grandpalais.fr/fr/programme/matisse-1941-1954


❇︎ FRANÇOIS MORELLET AU CHÂTEAU DE VERSAILLES

Troisième étape : François Morellet à Versailles.

Je ne pouvais pas ne pas vous en parler, notamment parce que Valentine Coat évoquait déjà Versailles dans notre épisode consacré aux motifs, comme le lieu le plus inspirant pour elle.

Cet été, les œuvres géométriques et lumineuses de François Morellet viennent dialoguer avec les décors du château et les jardins de Le Nôtre. Six installations sont réparties dans les Grands Appartements et les jardins.

Le contraste entre le vocabulaire extrêmement minimal de Morellet et l'exubérance décorative de Versailles doit forcément être assez fascinant.

Et finalement, on se rend compte que ces deux univers parlent exactement des mêmes sujets : le rythme, la répétition, la géométrie et la lumière.

https://www.chateauversailles.fr/actualites/expositions/francois-morellet


❇︎ DESIGN PARADE

Ensuite, direction Hyères et la Villa Noailles.

Si vous passez dans le sud cet été, je crois sincèrement que c'est l'un des lieux les plus inspirants à visiter lorsqu'on aime le design, l'architecture ou la décoration.

Construite par Robert Mallet-Stevens pour Charles et Marie-Laure de Noailles, elle reste l'un des grands chefs-d'œuvre du modernisme français.

Mais ce qui la rend particulièrement vivante aujourd'hui, c'est qu'elle accueille chaque été le festival Design Parade, consacré aux jeunes créateurs en design et architecture d'intérieur.

On peut donc à la fois visiter une architecture iconique des années 1920 et découvrir des designers contemporains.

https://villanoailles.com/festivals/design-parade-festival-international-de-design-d-objet


❇︎ ART NOUVEAU & ART DÉCO À MARSEILLE

Enfin, si vous êtes du côté de Marseille cet été, je vous conseille l'exposition “Art nouveau – Art déco, Marseille au cœur des styles”, au Château Borély.

J'aime beaucoup ces périodes parce qu'on y retrouve beaucoup de sujets qui nous occupent encore aujourd'hui : la place de l'ornement, le rapport entre artisanat et industrie, ou encore cette grande question qui traverse finalement toute l'histoire du design : comment fabriquer des objets beaux, mais aussi adaptés à leur époque ?

Et puis c'est aussi une belle occasion de rappeler que Marseille a joué un rôle beaucoup plus important qu'on ne l'imagine dans l'histoire des arts décoratifs français. L'exposition réunit d'ailleurs de nombreuses pièces rarement montrées, provenant à la fois de collections marseillaises et de grandes institutions françaises.

Bref, si vous aimez les intérieurs, les objets et les histoires qu'ils racontent, je crois que cette exposition mérite largement le détour.

https://musees.marseille.fr/art-nouveau-art-deco-marseille-au-coeur-des-styles


→ Les Maisons d’artiste

POUR TERMINER CE CARNET D'ÉTÉ, J'AVAIS ENVIE DE VOUS EMMENER VISITER QUELQUES LIEUX.

❇︎ LE CHÂTEAU DE ROSA BONHEUR

Le premier est le château de Rosa Bonheur, à Thomery, près de Fontainebleau.

Je crois que c'est l'une des visites les plus réjouissantes que j'ai faites cette année.

Rosa Bonheur est une peintre du XIXe siècle, mondialement connue à son époque, indépendante financièrement, propriétaire de son atelier, de son domaine et entourée d'animaux qu'elle a peint toute sa vie.

On visite à la fois sa maison, son atelier, ses collections et son univers très personnel.

On découvre finalement quelque chose qu'on voit assez rarement : la maison d'une femme artiste du XIXe siècle qui a connu un immense succès de son vivant et qui a pu aménager son cadre de vie exactement comme elle le souhaitait.

On parle beaucoup aujourd'hui d'intérieurs qui racontent une histoire (parfois un peu à tort et à travers, je crois). Et j'ai l'impression qu'ici, pour le coup, c’est exactement ça !

https://www.chateau-rosa-bonheur.fr/


❇︎ LA MAISON-ATELIER DE JEAN LURÇAT

Deuxième étape : la maison-atelier de Jean Lurçat, à Paris que je rêve de visiter.

Pas seulement parce que j'aime ses tapisseries, mais parce que je suis toujours curieuse de voir comment vivent les artistes dont l'univers est aussi identifiable.

Quand on passe sa vie à dessiner des soleils, des étoiles, des animaux ou des formes très colorées, est-ce qu'on vit dans un intérieur minimaliste ou au contraire dans un décor très expressif ?

Je n'ai volontairement pas trop regardé de photos (à part sa cuisine, jaune citron, qui donne déjà un bon indice sur la suite) parce que je voulais pas trop me spoiler, mais je suis assez certaine qu'on doit en ressortir avec une envie irrépressible de remettre un peu plus de couleur chez soi.


https://www.maisonatelierlurcat.fr/


❇︎ L’ATELIER-MUSÉÉ DE CHANA ORLOFF

Et puis juste à côté, il y a l'atelier-musée de Chana Orloff.

Là encore, c'est davantage le rapport entre création et quotidien qui m'intéresse.

Je trouve souvent les ateliers d'artistes beaucoup plus inspirants que les maisons parfaitement décorées que l'on voit partout sur Instagram.

Parce qu'on y trouve des œuvres en cours, des livres ouverts, des objets déplacés, des outils qui traînent, des choses qui vivent.

Finalement, ce sont souvent des lieux qui rappellent qu'un intérieur n'est pas forcément fait pour être photographié, mais d'abord pour être habité.

Et je trouve cette idée assez reposante.

https://www.chana-orloff.org/


❇︎ LA VILLA KÉRYLOS

Direction ensuite la Côte d'Azur avec la Villa Kérylos.

La villa est fascinante parce qu'elle n'est ni une maison antique, ni une maison contemporaine, mais une sorte de rêve d'Antiquité construit au début du XXe siècle face à la Méditerranée.

Son propriétaire a voulu recréer une demeure grecque idéale, en s'inspirant des connaissances archéologiques de son époque.

Le résultat a l’air assez extraordinaire : mosaïques, colonnes, patios, jeux de lumière, mobilier et couleurs composent un décor qui semble à la fois très ancien et étonnamment moderne.

https://www.villakerylos.fr/

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